L’influence de la culture sur le développement de l’enfant
Un enfant ne vient pas au monde dans un espace neutre. Avant même ses premiers mots, il est déjà entouré d’une langue, de gestes, de rythmes, d’attentes et de manières de regarder le monde.
Il apprend dans les bras qui le portent, dans les voix qui lui parlent, dans les repas partagés, les histoires racontées, les silences, les jeux et les habitudes familiales. La culture n’est pas seulement ce que l’on célèbre ou ce que l’on transmet consciemment. Elle se glisse dans la manière de consoler, d’encourager, de poser une limite, de répondre à une émotion ou de concevoir l’autonomie.
La culture influence le développement de l’enfant
La culture peut être définie comme un ensemble d’attitudes, de croyances, de valeurs et de pratiques partagées par un groupe et transmises d’une génération à l’autre. Elle influence les expériences quotidiennes de l’enfant, les attentes des adultes et les occasions qui lui sont offertes d’apprendre.
Elle agit à travers l’environnement physique et social, les pratiques éducatives, la langue, les relations familiales et les représentations que les parents se font du développement. Les chercheurs parlent parfois d’« ethnothéories parentales » pour désigner ces conceptions, souvent implicites, de ce qu’est un bébé, de ce dont il a besoin et de la manière dont il devient une personne.
Une famille peut considérer qu’un bébé doit être très proche du corps de l’adulte. Une autre peut valoriser rapidement son autonomie. Certaines familles encouragent l’expression directe des émotions. D’autres apprennent à l’enfant à se contenir pour préserver l’harmonie du groupe.
Ces différences ne signifient pas qu’une culture serait plus aimante qu’une autre. Elles montrent que les besoins universels de l’enfant prennent des formes relationnelles variées.
Un même comportement, des significations différentes
Prenons l’exemple d’un enfant qui parle peu dans un groupe. Dans certains contextes occidentaux, cette réserve peut être interprétée comme un manque de confiance, une difficulté sociale ou un signe d’inquiétude. Dans certaines cultures d’Asie de l’Est, un comportement plus discret peut être associé à la politesse, à la maîtrise de soi et à l’attention portée aux autres.
Les recherches interculturelles montrent que les jeunes enfants chinois et coréens peuvent manifester davantage de prudence ou d’inhibition face à une situation nouvelle que des enfants australiens, canadiens ou italiens. Mais le sens de cette inhibition dépend aussi de la manière dont les adultes y répondent. En Chine, elle a parfois été associée à davantage d’acceptation parentale et à des trajectoires sociales favorables.
Cela ne veut pas dire qu’un enfant retiré va toujours bien, ni qu’il faut ignorer un mal-être. Cela signifie qu’un comportement ne peut pas être compris sans observer son contexte, sa durée, son intensité et la manière dont l’enfant vit ses relations.
Le développement social ne se ressemble pas partout
Dans certaines sociétés, le jeune enfant grandit principalement au contact d’adultes. Il apprend en les observant, en participant aux activités quotidiennes et en prenant progressivement part aux tâches de la communauté.
Dans d’autres contextes, le développement est davantage organisé autour du jeu entre enfants, des activités éducatives et de l’exploration individuelle. Les deux environnements peuvent soutenir des apprentissages, mais ils ne développent pas exactement les mêmes comportements ni les mêmes manières de participer.
Les jeux symboliques offrent un exemple intéressant. Des enfants occidentaux peuvent inventer des histoires avec des personnages fantastiques, des super-héros ou des animaux imaginaires. Dans certaines familles coréennes ou dans des contextes ruraux au Brésil, les jeux de faire semblant peuvent davantage reprendre les activités quotidiennes, les rôles familiaux ou les expériences concrètes de la vie.
Un enfant ne joue donc pas seulement avec des jouets. Il joue avec les images du monde auxquelles il a accès.
L’autonomie n’a pas la même définition
Dans les sociétés occidentales, l’autonomie est souvent associée à la capacité de faire seul : manger seul, dormir seul, choisir seul, parler en son nom et se différencier de sa famille.
Dans des cultures davantage centrées sur l’interdépendance, l’autonomie peut prendre un autre sens. Elle peut consister à participer au groupe, à reconnaître les besoins des autres, à contribuer à la vie familiale et à savoir trouver sa place dans une relation.
Ces visions ne sont pas complètement opposées. Toutes les familles cherchent à aider l’enfant à grandir, mais elles ne répondent pas à la même question. Les unes demandent : « Comment l’enfant va-t-il devenir indépendant ? » Les autres se demandent : « Comment va-t-il apprendre à vivre avec les autres ? »
Dans la réalité, beaucoup de familles combinent ces deux dimensions. Un parent peut vouloir que son enfant soit autonome tout en valorisant profondément la solidarité familiale.
Les émotions aussi ont une culture
Tous les enfants ressentent la peur, la joie, la colère, la tristesse ou la surprise. Mais ils n’apprennent pas partout à les montrer, à les nommer ou à les contenir de la même façon.
Dans certaines familles, pleurer est accueilli par des paroles et des explications. Dans d’autres, l’enfant apprend plutôt à se calmer près de l’adulte, dans le silence ou le contact physique. Une voix peut être utilisée pour mettre des mots sur l’émotion ; un geste, un regard ou un bercement peuvent remplir la même fonction ailleurs.
Des recherches comparant les interactions entre mères et nourrissons en Italie, au Cameroun et dans des familles d’immigrés ouest-africains en Italie montrent que plusieurs voies peuvent soutenir l’engagement relationnel. L’attention conjointe verbale et expressive n’est pas la seule forme de relation observée ; l’engagement coordonné, le rythme et la présence corporelle peuvent également organiser l’échange.
Quand les cultures se rencontrent
Pour un enfant qui grandit entre plusieurs cultures, les messages peuvent parfois se contredire. À la maison, on valorise l’obéissance, la coopération et le respect des aînés. À la crèche ou à l’école, on encourage l’expression personnelle, le choix individuel et la prise de parole.
L’enfant doit alors apprendre plusieurs manières d’être un « bon » enfant, selon les lieux. Il peut sembler réservé dans un contexte, très affirmé dans un autre, et parfois donner l’impression de changer de personnalité. En réalité, il ajuste son comportement aux attentes et aux règles de chaque environnement.
Les familles peuvent également être confrontées à des jugements. Un parent qui demande à son enfant de saluer un adulte peut être perçu comme autoritaire.
Un autre qui reste très proche de son bébé peut être considéré comme trop protecteur. Un enfant qui ne regarde pas directement un adulte peut être interprété comme impoli, alors que ce regard peut avoir une autre signification dans sa culture familiale.
L’enfant ne devrait pas avoir à choisir entre ses mondes pour être compris.
Dans mon travail, je pars de l’histoire de la famille
Dans mon accompagnement, je ne cherche pas à faire entrer chaque famille dans un modèle unique. Je prends en compte la langue parlée à la maison, les pratiques familiales, les croyances, les gestes transmis et la manière dont les parents comprennent les besoins de leur enfant.
Je peux demander : « Comment apaisez-vous votre bébé chez vous ? », « Qui participe aux soins ? », « Quelles chansons ou quelles paroles lui adressez-vous ? », « Qu’est-ce que votre famille vous a appris sur les enfants ? »
Ces questions ne sont pas décoratives. Elles permettent de retrouver les ressources déjà présentes. Une mère peut être peu démonstrative selon les codes occidentaux, mais très attentive aux signes corporels de son bébé. Un père peut parler peu, mais porter longtemps, observer finement et intervenir au moment juste. Une grand-mère peut transmettre une manière de consoler qui n’apparaît dans aucun manuel, mais qui a une grande valeur affective.
Je cherche ce qui fonctionne déjà, puis ce qui peut être élargi sans effacer l’identité familiale.
L’objectif n’est pas de remplacer une culture par une autre. Il est de créer des ponts entre les repères de la famille et ceux du lieu d’accueil ou de la société dans laquelle elle vit.
Une diversité qui enrichit l’enfant
La culture n’est pas un décor posé autour du développement. Elle en est l’un des milieux vivants. Elle donne des mots, des gestes, des valeurs et des manières de comprendre les relations.
Un enfant peut apprendre à parler plusieurs langues, à circuler entre plusieurs règles, à reconnaître plusieurs façons de prendre soin et à construire une identité qui ne se résume pas à une seule appartenance.
Cette pluralité peut parfois être fatigante. Elle peut créer des conflits de loyauté ou des incompréhensions. Mais elle peut aussi devenir une grande richesse lorsque les adultes cessent de demander à l’enfant de choisir un seul monde.
Un enfant ne grandit jamais hors culture. Il grandit dans des liens qui lui disent ce qui compte, ce qui se partage, ce qui se protège et ce qui mérite d’être transmis.
Lorsqu’on accueille cette diversité avec intelligence, on ne fait pas seulement une place à une famille. On élargit notre propre manière de comprendre ce que signifie grandir.
FAQ
De quoi a besoin mon enfant pour grandir sereinement ?
Il a besoin de bien plus que de manger et de dormir : il a besoin d'un adulte qui le regarde, le comprend et le sécurise, parce que c'est cette présence qui l'aide à se sentir en confiance et à grandir.
La séparation peut-elle le perturber longtemps ?
Oui, une séparation peut être difficile pour un enfant, surtout si elle s'accompagne de conflits ou d'une tension constante entre les parents. Ce qui l'affecte le plus souvent, ce n'est pas seulement la séparation elle-même, mais le climat autour de cette séparation et la façon dont les adultes l'accompagnent.
Pourquoi mon enfant va-t-il si mal depuis la séparation ?
Après une séparation, un enfant peut se sentir perdu, insécurisé ou très inquiet, surtout si le climat autour de lui reste tendu ou conflictuel. À cet âge, ce qu'il cherche d'abord, c'est de retrouver un adulte stable, lisible et rassurant pour l'aider à se sentir en sécurité à nouveau.
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