Être père aujourd’hui : prendre sa place dans la coparentalité



Illustration en line art d’un visage féminin de profil avec cheveux stylisés et boucle d’oreille étoile, dans un style minimaliste et contemporain sur fond beige.


Pendant longtemps, l’image du père s’est résumée à quelques gestes : travailler, protéger, rapporter un salaire, jouer avec son enfant le soir et prendre le relais lorsque la mère était absente. Ce modèle n’a pas disparu partout, mais il n’est plus le seul horizon.


Aujourd’hui, de nombreux pères veulent être présents autrement. Ils souhaitent connaître les rendez-vous médicaux, changer les couches, se lever la nuit, préparer les repas, consoler, porter, écouter et construire une relation qui ne se limite pas aux loisirs. Ils ne veulent plus seulement être le parent qui « aide ». Ils veulent être un parent à part entière.


Ce changement ne concerne pas seulement les hommes. Il transforme l’organisation familiale, la place des mères, les attentes des enfants et le regard que les institutions portent sur la paternité.


Un nouveau modèle de pères émerge


Le père n’est plus principalement défini comme un pourvoyeur. 

La différence entre « aider » et prendre sa part est essentielle. Aider suppose souvent que la responsabilité principale appartient à quelqu’un d’autre. Le père donne un coup de main, tandis que la mère continue à savoir, prévoir et organiser.


Prendre sa place signifie davantage : connaître les besoins de l’enfant, penser aux vêtements, anticiper les rendez-vous, prendre contact avec la crèche, surveiller la température, préparer le sac et se sentir responsable de ce qui doit être fait sans attendre une consigne.


La coparentalité ne consiste pas seulement à répartir les tâches visibles. Elle implique aussi de partager la charge mentale, les décisions et la responsabilité affective. Un père qui joue beaucoup avec son enfant mais ne sait jamais où se trouve le carnet de santé est présent, mais il ne porte pas encore la même part du quotidien.


Cette distinction n’est pas là pour culpabiliser. Elle permet de rendre visible ce qui demeure souvent invisible dans les familles.


La coparentalité, un levier de transformation


La coparentalité désigne la manière dont les adultes s’organisent autour de l’enfant, qu’ils vivent ensemble ou non. Elle ne signifie pas que les parents doivent tout faire de façon identique. Elle suppose plutôt qu’ils puissent reconnaître leurs responsabilités respectives et construire une coopération suffisamment lisible pour l’enfant.


Cette évolution demande cependant de sortir d’une organisation où la mère resterait la spécialiste naturelle du bébé. Le père ne peut pas vraiment prendre sa place si on lui confie uniquement les moments faciles, ou si ses gestes sont systématiquement corrigés. Il apprend aussi par l’expérience, comme toute personne qui devient parent.


La mère, de son côté, ne devrait pas être obligée de déléguer chaque geste comme une cheffe de service. La coparentalité se construit lorsque chacun peut devenir compétent, prendre des initiatives et développer sa propre manière d’être en lien avec l’enfant.


Les premiers mois : le temps où la place se construit


Les premiers mois sont déterminants. Le bébé ne répartit pas les rôles selon les habitudes sociales. Il cherche une présence, une voix, un corps, une réponse et une continuité.


Le père peut créer ses propres repères : un rituel du matin, un bain, un portage, une chanson, une promenade, un moment de peau à peau, une manière de parler ou de calmer. Le lien paternel ne doit pas être une copie du lien maternel. Il peut avoir sa tonalité, son rythme, ses gestes et ses silences.


Cela suppose toutefois que les pères soient considérés comme des interlocuteurs à part entière. Lorsqu’un professionnel s’adresse uniquement à la mère, lui remet tous les documents et suppose qu’elle sera la personne qui saura, il contribue malgré lui à maintenir l’ancien modèle.


Les politiques publiques et les services de périnatalité ont donc un rôle important : inviter les pères, les informer directement, leur proposer des espaces de parole et ne pas les réduire à la fonction de conjoint de la mère.


Le congé de paternité : un temps de présence, pas seulement un avantage


En France, le congé de paternité et d’accueil de l’enfant a été allongé en 2021, passant de 11 à 25 jours, dont une partie obligatoire. Selon une étude de l’Ined publiée en 2026, 81 % des pères d’enfants nés entre juillet 2021 et décembre 2023 ont pris une durée supérieure à la seule période obligatoire, contre environ 75 % avant la réforme. 


Cette progression montre que le congé devient davantage un temps consacré à l’enfant et à la famille. Il ne s’agit pas seulement de soutenir la mère pendant quelques jours. C’est aussi une période où le père peut apprendre les gestes, découvrir le rythme du bébé et participer à la construction du quotidien.


La DREES souligne que le congé de paternité est souvent associé à une répartition plus équilibrée des tâches, au moins pendant cette période. Mais les effets ne sont pas identiques pour tous : les conditions de travail, le statut professionnel, les revenus et la souplesse des horaires influencent fortement la possibilité de rester présent après le congé.


Un droit existe, mais il ne suffit pas à transformer automatiquement les organisations. Un père indépendant, précaire ou soumis à une forte pression professionnelle ne dispose pas des mêmes marges qu’un salarié bénéficiant d’un remplacement et d’horaires flexibles.


Des pères plus présents, mais pas encore toujours seuls avec l’enfant


Les évolutions sont réelles, mais elles ne doivent pas être confondues avec une égalité achevée. Une étude de la DREES publiée en 2025 montre que les pères sont plus présents auprès des jeunes enfants qu’il y a vingt ans, mais qu’ils ne sont pas plus souvent seuls avec eux. Les mères restent en moyenne davantage présentes sur une semaine : 78 % du temps contre 68 % pour les pères. 


Ce résultat est important. Être présent lorsque l’autre parent est là ne signifie pas la même chose que prendre seul en charge un enfant. La présence en duo permet parfois au père de participer, tandis que la mère reste la personne qui dirige implicitement les soins.


Être seul avec son enfant donne une autre expérience : il faut décider, improviser, supporter les pleurs, trouver une solution et découvrir que l’on peut y arriver. C’est dans cette autonomie quotidienne que la paternité devient réellement une responsabilité vécue.


Parler du « nouveau père » peut être utile, mais cette expression risque de créer une nouvelle norme. Tous les pères ne disposent pas des mêmes ressources, du même logement, de la même santé, du même emploi ou du même entourage.


Une paternité qui a le droit d’être imparfaite


Le nouveau père n’est pas un homme qui réussit parfaitement à tout partager. C’est un père qui accepte de sortir du rôle de spectateur, de prendre des décisions, d’apprendre les soins et de construire une relation singulière avec son enfant.


Il peut être différent de la mère sans être moins important. Il peut avoir une autre manière de jouer, de consoler, de parler ou de poser des limites. L’enfant n’a pas besoin de deux adultes identiques. Il a besoin de relations suffisamment fiables, de présence et de cohérence.


La paternité contemporaine ne consiste pas à remplacer un modèle ancien par une nouvelle injonction. Il ne faudrait pas demander aux pères d’être désormais parfaits, sensibles, disponibles, égalitaires et toujours sereins, comme on a longtemps demandé aux mères de tout porter.

Elle consiste plutôt à ouvrir un espace où les hommes peuvent apprendre à prendre soin sans perdre leur identité, où les mères ne sont plus seules responsables du lien, et où les politiques publiques cessent de penser la famille à travers un seul parent.


Un père n’entre pas dans la vie de son enfant seulement lorsqu’il prend un congé ou change une couche. Il y entre lorsqu’il se sent légitime pour savoir, décider, consoler et être touché.


Le père d’aujourd’hui ne veut plus seulement être là en arrière-plan. Il veut être présent dans la mémoire des gestes ordinaires : la nuit partagée, le biberon préparé, le manteau fermé, la colère accueillie, le rire reconnu.


C’est souvent ainsi qu’un nouveau modèle apparaît. Non pas dans les grands discours, mais dans un père qui cesse de demander quelle place on lui laisse et qui commence, doucement, à habiter la sienne.




FAQ


Est-ce normal de ne pas me sentir prête à devenir mère tout de suite ?

Oui, c'est normal. La grossesse peut bousculer, faire naître des doutes, de la peur ou un sentiment de ne pas être encore prête. Cela ne dit pas que vous serez une mauvaise mère ; cela dit souvent que vous traversez un vrai passage, et qu'il faut du temps pour se sentir mère dans sa tête autant que dans son corps.


Que faire si je suis très stressée pendant ma grossesse ?

Il faut d'abord essayer de ralentir un peu : respirer, se reposer, marcher, parler à quelqu'un de confiance. Si le stress devient trop lourd, il ne faut pas rester seul : on peut se faire accompagner en cabinet par un professionnel.


Comment préparer l'arrivée de bébé sans me sentir dépassée ?

Le plus aider est souvent de faire simple : s'informer, participer aux séances de préparation à la naissance, échanger avec d'autres parents et prévoir quelques relais autour de soi. On ne prépare pas tout, mais on se donne des appuis pour traverser plus sereinement les premiers temps.



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