Les tabous de la maternité : ce que la honte empêche de dire


On imagine souvent la maternité comme un temps de bonheur, d'amour immédiat, de lien naturel. Dans les médias, tout semble parfait. La mère est rayonnante, le bébé est paisible, l'entourage est heureux, tout le monde sourit. Mais à l'intérieur, quelque chose ne passe pas. La mère ressent une fatigue immense, de l'angoisse, parfois de la colère, ou un vide inattendu. Et elle ne dit rien. Elle cache, elle sourit, elle fait bonne figure. Parce que ce qu'elle éprouve, elle a l'impression de ne pas devoir le vivre, de ne pas devoir le dire.


La honte, dans la maternité, est souvent silencieuse. Elle empêche de dire que l'accouchement a été violent, que le bébé pleure trop, que la mère ne se sente pas à hauteur, qu'elle n'éprouve pas l'élan attendu. Elle empêche de parler de la dépression, du baby blues, de la peur de ne pas réussir, de l'impression de tricher. Beaucoup de femmes vivent cela, mais très peu le dire. Parce que ce qu'elles ressentent ne correspondent pas à l'image qu'on a donnée de la maternité, et qu'elles se sentent coupables, en faute, en décalage.


Cette honte peut renforcer l'isolement. Quand une mère ne dit pas, elle reste seule dans ce qu'elle traverse. Et cela peut amplifier la fatigue, l'angoisse, la culpabilité. Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement la souffrance, mais la difficulté à la nommer, à la reconnaître comme légitime. La honte ne dit pas qu'il n'y a pas d'amour.


Elle dit souvent qu'il y a trop de choses à supporter, sans aucun repère. Dans l'accompagnement, il est essentiel de permettre à ces mères de déposer ce qu'elles vivent, sans jugement. Quand une femme comprend qu'elle n'est pas seule, qu'elle ne triche pas, qu'elle n'est pas en faute, quelque chose peut se desserrer. La maternité n'est pas seulement un temps de lien, mais aussi un temps de transformation, de fragilité, de reconstruction. Et c'est souvent dans la parole, libérée de la honte, que le lien peut se rétablir.


En 2024, l'actrice America Ferrera a témoigné publiquement dans une interview avec The Cut de ce qu'elle a vécu : elle n'a pas ressenti l'amour immédiat pour son bébé , elle a culpabilisé, elle s'est sentie en faute. Son témoignage a permis à des milliers de femmes de se reconnaître sans honte , de nommer ce qu'elles réussissent, de comprendre que ce n'était pas un échec mais un vécu partagé.


Et si ce que la honte empêche de dire n'était pas une faille, mais une partie nécessaire de ce qui se traverse, pour pouvoir ensuite entrer plus librement dans la relation avec son enfant ?


FAQ


Le lien mère-enfant se crée tout de suite ?

Parfois le lien est immédiat, parfois il se dépose plus lentement. Il peut se construire doucement, au fil des soins répétés, des gestes de tendresse, de la présence attentive et du soulagement progressif de la mère quand elle se sent davantage soutenue. Le lien n'est pas une évidence à prouver ; c'est une relation vivante, qui se tisse pas à pas, dans la sécurité, la répétition et la rencontre.


Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Une tristesse profonde et persistante, une perte d'élan ou de plaisir, une fatigue importante, des troubles du sommeil, une difficulté à s'occuper de son bébé ou un sentiment d'incapacité à créer le lien maternel.

Quand ces signes s'installent dans la durée, pendant plusieurs jours et souvent au-delà de deux semaines, et qu'ils prennent de la place dans le quotidien, il ne s'agit plus seulement d'un baby blues : il peut s'agir d'une dépression post-partum, qui mérite d'être repérée tôt et accompagnée par un professionnel de santé.

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