Être sans mère, se reconnaître mère
On croit souvent que devenir mère, c’est entrer naturellement dans un rôle que l’on aurait déjà en soi.Dans un petit appartement, une jeune mère tient son bébé contre elle. Elle fait ce qu’il faut : elle nourrit, elle change, elle veille. Mais à l’intérieur, elle a l’impression de jouer un personnage.
Elle ne sait pas vraiment comment être mère. Elle n’a pas de modèle, pas de repère, pas de voix intérieure qui dit « voilà comment on fait ». Et cette absence de référence la laisse seule, parfois en panique, souvent en questionnement.
Être sans mère, ce n’est pas seulement n’avoir pas sa mère à côté. Cela peut être ne pas avoir eu de mère présente, attentive, sécurisante. Ou avoir grandi avec une mère distante, critique, absente, ou trop envahissante. Dans ces cas, il n’y a pas de modèle intérieur à reprendre. Quand vient le bébé, la mère se retrouve sans filet. Elle doit inventer, seule, ce qu’elle n’a jamais vu, ce qu’elle n’a jamais reçu.
Cliniquement, cette absence de modèle peut se traduire par une grande difficulté à se reconnaître mère. Pas par manque d’amour, mais par manque de repères. Certaines mères se sentent désemparées, comme si elles trichaient. D’autres deviennent très contrôlées, pour ne pas reproduire. D’autres encore se sentent submergées, faute de soutien sur quoi s’appuyer. Ce qui est en jeu, c’est la capacité à se sentir légitime, à entrer dans la relation avec son enfant sans se sentir constamment en faute ou en impasse.
Dans l’accompagnement, l’essentiel est de permettre à cette mère de se construire un nouveau modèle, pas en effaçant ce qui a manqué, mais en reconnaissant ce qui est déjà solide. Quand une femme se sent écoutée, reconnue, légitimée, elle retrouve plus facilement sa place. Elle peut alors apprendre un langage nouveau avec son bébé, non pas par imitation, mais par rencontre.
Et si se reconnaître mère, pour celle qui est sans mère, n’était pas reprendre un modèle, mais en créer un, à sa manière, à partir de ce qu’elle veut donner, de ce qu’elle veut être ?
FAQ
Est-ce que je suis une mauvaise mère si je ne me sens pas bien avec mon bébé ?
Non. Un mal-être postnatal ne dit pas votre valeur de mère. Il dit surtout qu'à ce moment-là, votre corps et votre psychisme ont besoin de repos, de soutien, et parfois d'un accompagnement médical. Après l'accouchement, la récupération prend du temps, et les professionnels rappellent que les mères ont besoin de patience, d'aide concrète et d'écoute pour traverser cette période de bouleversement.
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