Quand la grossesse “n’existe” pas
Découvrir sa grossesse au sixième mois ou au moment d’accoucher. Pour beaucoup, cela semble impensable. Et pourtant, cela arrive. Non par insouciance ou mensonge délibéré, mais parce qu’une femme peut traverser neuf mois de grossesse sans en avoir conscience. On parle alors de déni de grossesse.
Dans un imaginaire collectif où la grossesse est censée être un temps heureux, préparé, mis en images, ce phénomène dérange. On pense vite à la dissimulation ou à la négligence. En réalité, le déni de grossesse touche à quelque chose de beaucoup plus profond : la capacité psychique de faire une place à un bébé, et ce que la maternité vient réveiller d’angoisses impossibles à penser.
Le déni de grossesse n’a rien à voir avec l’ambivalence habituelle du désir d’enfant. Ce n’est pas : « Je ne suis pas prête, mais je sais que je suis enceinte. » C’est autre chose : dans ce registre‑là, la grossesse n’existe pas. Ni le corps ni la pensée ne se rassemblent autour de la réalité d’un bébé pourtant bien présent.
Le mécanisme en jeu est celui du clivage : une partie de la réalité est tenue à distance pour ne pas envahir tout le psychisme. C’est “ma main droite ne sait pas ce que fait la gauche”. Pas de débat intérieur conscient, pas de “je veux / je ne veux pas”, mais un compartimentage radical : reconnaître cette grossesse ouvrirait une souffrance jugée insupportable, alors le système psychique préfère l’effacer.
Le corps, parfois, suit ce mouvement : ventre peu visible, règles qui semblent continuer, prises de poids minimisées, mouvements attribués à la fatigue ou à des troubles digestifs. L’entourage ne voit rien, les soignants peuvent passer à côté. Le déni peut concerner des femmes de tout âge, tous milieux, déjà mères ou non. Il ne s’explique ni par l’ignorance, ni par la jeunesse, ni par le “manque d’instinct maternel”. C’est un “trou” dans la représentation, là où, d’ordinaire, la grossesse est pleine d’images, de mots et d’attente.
FAQ
Quand demander de l'aide pendant la grossesse ou après la naissance ?
Il faut demander de l'aide dès que l'angoisse, l'épuisement ou le sentiment d'être dépassé prend trop de place. Plus on en parle tôt, plus il est facile de trouver un soutien adapté.
Est-ce normal de se sentir choquée ou coupable après un déni de grossesse ?
Oui, c'est fréquent. Après coup, beaucoup de femmes ressentent de la stupeur, de la honte, de la peur ou de la culpabilité, mais ces émotions ne disent pas qu'elles ont « mal fait » : elles disent surtout qu'elles ont traversé quelque chose de très bouleversant.
Quand faut-il demander de l'aide après un déni de grossesse ?
Dès que le choc, l'angoisse ou la sensation d'être dépassée devient trop lourde à porter seule. Un professionnel de la parentalité peut aider à traverser cette période et à protéger à la fois la mère et le bébé
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